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LA CRISE ANGLOPHONE ET SON IMPACT SOCIO- ECONOMIQUE DANS LA ZONE MOUNGO ET SUD-OUEST

►Voici bientôt trois ans que la crise anglophone, déclenchée en 2016, perturbe gravement les activités dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-ouest et même dans les zones frontalières à ces régions, à savoir l’aire géographique du Moungo partant de Mélong jusqu’à Bekoko en passant par Nkongsamba, les arrondissements de Manjo, Njombé-penja, Mbanga… Les localités ci-dessus citées subissent de plein fouet l’impact de cette crise au double plan social et économique et, plus spécifiquement, sur la commercialisation de nos produits.



Dans cet article, nous analysons les manifestations de cette crise dans la zone indiquée et leurs effets multiformes sur la vie des populations locales et déplacées


Manifestations et conséquences

socio-économiques de la crise anglophone


Les manifestations de la crise sont nombreuses dans la zone Moungo et Sud-ouest. Tout d’abord, nous avons la fermeture de la mythique et historique voie ferroviaire Mbanga-Kumba. En effet, cette ligne de transport a été fermée à la circulation depuis fin 2016, réduisant ainsi le flux des déplacements des biens et des personnes entre ces deux villes.


Les activités économiques qui s’étaient développées autour de cette ligne de chemin de fer tournent désormais au ralenti. De nombreuses familles qui y trouvaient leur pitance journalière à travers le petit commerce sont obligées de se reconvertir dans d’autres activités moins lucratives. Les bistrots, épiceries, les petits commerces de vêtements et autres denrées à la gare ferroviaire sont quasiment morts. Les personnes vivant de ces activités ont vu leur pouvoir d’achat s’écrouler, les réduisant presqu’à la mendicité. De même, les petites activités de

manutention exercées par les jeunes dans la gare ferroviaire de Mbanga n’existent plus. Du coup, ces jeunes manutentionnaires sont désormais au chômage et obligés de se reconvertir dans d’autres activités déjà presque saturées quand ce n’est le petit banditisme.


Par ailleurs, le ralentissement des déplacements des biens et des personnes a un effet pervers sur les échanges commerciaux entre ces deux villes. De nombreuses femmes et hommes appelés « Bayam-sellam » avaient déjà fait de cette ligne ferroviaire et de la gare de Mbanga leur eldorado car ils faisaient des navettes pour acheter et revendre des produits vivriers de part et d’autre. La principale voie de transport, sinon la seule, était cette ligne de chemin de fer. Du coup, leurs activités se sont arrêtées une fois qu’il leur était impossible de se déplacer.


Nous pouvons également citer les kidnappings réguliers de planteurs dans leurs plantations par de prétendus combattants séparatistes qui ont plongé plusieurs familles dans la disette. Les plantations situées dans les villages NDOH I, NDOH II, NDOH BEACH, NDOUMI et NDOUM II sont malheureusement abandonnées, au grand dam des cultivateurs réduits au chômage et à la misère. Par peur d’être kidnappés, de nombreux cultivateurs ont renoncé depuis des mois à se rendre dans leurs plantations. Le traitement de leurs plantations de cacao, le désherbage de leurs champs de vivres : macabo, plantains, ignames et autres ne sont plus convenablement assurés. Leurs récoltes sont abandonnées et pourrissent dans les champs tandis que les populations de la ville déplorent une rareté grave des vivres sur le marché. Il s’ensuit donc une inflation des prix car la demande est de loin supérieure à l’offre.


Par exemple, le régime de plantain qui coûtait à l’époque 2000 Francs peut aller à plus de 4000 Francs de nos jours et on n’en trouve presque pas sur le marché. Un cultivateur très réputé de la ville, victime des effets néfastes de cette situation déclare : « Il y a des gens qui nous empêchent d’entretenir nos plantations ; nous ne parvenons même plus à nous nourrir. Nous vivons grâce à ces champs et si l’on nous empêche d’y aller, vous imaginez un peu ce que nous subissons en ce moment. Les choses sont devenues très difficiles. Nous souhaitons de tout cœur que les choses reviennent à la normale au plus vite ».


Toujours dans le cadre des manifestations de la crise, il y a l’entrée massive des populations déplacées et un accroissement exponentiel de la population. La cohabitation est certes pacifique avec les populations locales, mais on note une certaine saturation de l’espace par des petites activités commerciales auxquelles se livrent de nombreuses personnes pour pouvoir survivre. Les petites épiceries naissent à tout bout de champ, les vendeurs et vendeuses de denrées telles que les beignets, les caramels, les arachides bouillies ou grillées, de la banane douce, de la viande d’escargot grillée encore appelée « Congo meat », du poisson braisé écument les ruelles des villes au quotidien. Outre cette saturation de l’espace marchand, on a également l’inflation du prix des loyers. Toutes ces populations déplacées cherchent à se loger par tous les moyens. Les maisons à louer étant devenues rares, les bailleurs font de la surenchère. Voilà des facteurs qui rendent la vie de plus en plus difficile depuis le début de cette crise. Que dire donc de leur impact sur la commercialisation de nos produits ?


Impacts sur la commercialisation

de nos produits


La commercialisation de nos produits est optimale lorsque le pouvoir d’achat des consommateurs est au beau fixe. Dans un contexte où les activités tournent au ralenti et où le pouvoir d’achat des consommateurs est manifestement au plus bas niveau, l’on ne peut malheureusement qu’enregistrer une baisse du niveau des ventes. De nos jours, les commandes dans les bars sont en baisse car les activités sont presque inexistantes et les points de vente de la ville ferment, en grande majorité, à 22h au plus tard.

Une tenancière de bistrot à la gare ferroviaire de Mbanga nous a confié ce qui suit : « Depuis que le train ne circule plus, les choses vont mal dans mon bar. J’achète la bière et je ne parviens pas à vite la vendre. Avant, j’achetais des quantités importantes mais je les revendais très rapidement car ceux qui faisaient ma recette étaient les voyageurs Mbanga-Kumba. Mais depuis qu’il n’y a plus de voyageurs, le commerce de la bière ne marche plus. Si j’achète beaucoup, je ne pourrai pas vite écouler. Du coup, j’achète maintenant de faibles quantités. C’est très dur pour nous… »


A cela s’ajoute l’impossibilité d’accéder à certaines zones jugées risquées où l’écoulement de la bière est de plus en plus difficile. Les incursions des combattants séparatistes dans certaines localités rendent les choses de plus en plus compliquées car l’on a peur de s’y aventurer. Les localités de Mombo, Penda Mboko, Booba en sont de parfaites illustrations. L’écoulement de nos produits dans ces zones est de plus en plus difficile.


Perspectives


Les perspectives que nous pouvons établir à l’issue de cette réflexion tournent autour de la tension économique actuelle qui est causée par cette crise et qui pourrait pendre fin si le calme revient dans cette partie de notre territoire. La mobilité des personnes et des biens, la liberté d’exercer des activités lucratives sont des gages pour une sécurité financière durable. La commercialisation facile de nos produits dépend de cette sécurité financière, de la sécurité tout court et du pouvoir d’achat de nos clients■

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